Acteur populaire et drôle, Louis de Funès est aussi un grand incompris. Quel homme se trouve derrière les tics et les mimiques des personnages burlesques qu’il incarne ?
On a dit de Louis de Funès qu’il faisait des films intrinsèquement réactionnaires, certains sont même allés jusqu’à parler de « cinéma collabo », au sujet de La Grande Vadrouille. Son cinéma a longtemps été assimilé à un comique de papa, pré-soixante-huitard, et de mauvais goût. Pourtant, et même si de son temps il plaisait moins aux jeunes et aux classes supérieures, Louis de Funès a su faire consensus en incarnant les travers et le ridicule des petits chefs.
« Louis de Funès est l’inconscient de notre pays »
Un retour sur son passé permet d’éclairer les succès et les déboires de l’acteur et sa recette comique. Sa mère est une bourgeoise grandiloquente qui lui inspire ses manières agacées. Il débute sur le tard comme comédien dans des cabarets, notamment avec la troupe des Branquignols, et multiplie les petits rôles au cinéma. „Ce qu’il fait comme second rôle avec des petits clins d’oeil, des petits gestes, des petites mimiques, va finir par occuper tout l’écran. Et ça devient Le Gendarme de Saint-Tropez, Fantômas, Le Corniaud, La Grande Vadrouille.“ dit le critique Bertrand Dicale.
Homme de théâtre, son extraordinaire implication physique le propulse sur le devant de la scène : „De Funès a un corps entier qui est comique : il bouge, il tombe, il se relève, il trébuche, il bégaye, il plie les genoux, il remonte les jambes, il ploie le dos, il envoie les épaules en arrière, puis en avant, il bouge les bras, il n’a jamais le corps en repos.“
Dans la vie, Louis de Funès est pourtant un homme anxieux, manque de confiance en lui-même et craint sans cesse de perdre son public. Il va jusqu’à guetter en secret les réactions des spectateurs dans les salles, à la sortie de ses films ; et il présente ses problèmes de santé, dans les années 1970, comme une paradoxale délivrance. Le dramaturge Valère Novarina dit „Il y avait une sorte de sacrifice, celui d’aller au-delà de la demande […] Le théâtre est un lieu d’offrande, offrande du corps, offrande du corps démonté et remonté, et offrande de la parole, offrande d’une danse parlée pour ceux qui sont là.
Bibliographie sélective
- Bertrand Dicale, Louis de Funès, grimaces et gloire (Grasset, 2009)
- Valère Novarina, Pour Louis de Funès (Actes Sud, 1986)
- L’État dans la tête et les pieds dans le plat. Hiérarchie et autorité dans les films de Louis de Funès de Larry Portis dans L’Homme & la Société 2004/4 (n° 154), pages 31 à 50
- Cinégénie du gendarme ? La série du Gendarme de Saint-Tropez de Sébastien Le Pajolec dans Sociétés & Représentations 2003/2 (n° 16), pages 131 à 143
Avec Bertrand Dicale (Journaliste. Spécialiste de la chanson française. Directeur général du média numérique d’information News Tank Culture depuis 2017), Alain Riou (Critique cinéma au Nouvel Observateur), Olivier Mongin (Essayiste, directeur de la publication de la revue Esprit), Valère Novarina (Dramaturge et metteur en scène franco-suisse), Stéphane Goudet (Critique et historien de cinéma, maître de conférences en cinéma à l’université de Paris I et directeur artistique du cinéma Le Méliès à Montreuil), Philippe Gumplowicz (Musicien et musicologue).
Sie können die Sendung aus dem Jahr 2020, die zuletzt am 30.3.2024 gesendet wurde, über die Seite des Podcasts nachhören oder als Audiodatei herunterladen.




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